Instants volés… St. Etienne – France

Tonton Henri est mort! La nouvelle a traversé la ville à la vitesse de l’éclair. Il avait peu de famille. Peut-être même n’était-il le véritable oncle que d’une poignée de personnes. Pourtant, de cœur et de fait, il était l’oncle de tout le quartier.

Le vieil homme était un drôle. Imaginatif, chaleureux, généreux. Possédant un brin de génie pour les contacts, il était un des êtres à part, que l’on a parfois la chance de croiser au cours d’une vie. Sa vie, il l’avait vécue en grand prince, au royaume du bonheur à tout prix. Au Maroc où il était ingénieur des mines, en France où, retraité, il s’était placé au service du rire et de la bonne humeur, même dans sa prison allemande, Tonton Henri a toujours été un bonheur pour le moral des autres.

Rien jamais n’a changé son caractère heureux. Ni la déportation, ni la perte de ses proches. Pas même cette garce de maladie, ce cancer du fumeur qui a rongé un à un ses réflexes le poussant lentement là, dans cette boîte de chêne au cœur d’une église anonyme.

Une église sacrilège dans laquelle j’ai eu envie de crier honte à toi curé. Honte à toi qui, pour le dernier hommage à un homme de mérite, n’a pas su trouver une phrase le concernant. Honte à tes évangiles ânonnés, à tes discours intégristes. Tu as profité d’une assemblée venue dans ton église saluer une dernière fois un ami pour lui servir tes discours sur le catholicisme. Même au sein de l’église on annihile la mort, on la relègue au rang de la banalité, du néant. Honte à ce flagrant délit de manque de charité, à ce grave manquement au devoir d’oraison funèbre.

Il est vrai curé que tu n’avais peut-être rien à dire. Dans une ville où la religion musulmane est aussi pratiquée que le catholicisme, tu perds tes repaires. Tu oublies tes frères au profit des discours. Tes occupations ont dû t’empêcher de remplir ton devoir, de rencontrer la famille de demander qui était l’homme qui nous quittait. Mais alors, curé, que n’as-tu eu l’humilité de le dire et peut-être d’inviter à la chaire un de ceux qui le pleurait ?

Où penses-tu conduire une église qui ne sait que parler ?

Nina Brissot

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s