André Raboud surfe sur l’âme de fond

C’est une première vaudoise pour cet artiste reconnu sur le plan international et récipiendaire du Prix culturel de l’Etat du Valais en 2011. Un livre sort pour l’occasion, dont une édition limitée avec une œuvre en bronze tirée à 49 exemplaires, en clin d’œil à son année de naissance.

La mer, la plongée, les vagues sont un univers proche de l’artiste. Fou de voyages, André Raboud a l’âme d’un insulaire. Mais, en 2010, la mer s’est méchamment jouée de lui. Alors à Madagascar, où il soutient financièrement des écoles, la mer l’a entrainé dans un tourbillon d’où il est ressorti miraculeusement vivant. Cependant l’un de ses bras était si brisé qu’il est resté mort plus d’un an avant qu’un chirurgien magicien ne lui redonne vie petit à petit. Cette lame de fond est devenue pour lui l’âme de fond car, dit-il, «un tel accident c’est un instant et c’est l’éternité, c’est un clin d’œil à la vie, à la mort, c’est l’envers de l’endroit».

Mais l’homme est un battant. Il retournera à la mer et construira une œuvre basée sur les vagues. Un thème auquel il avait pensé déjà avant son accident puisqu’il a commencé à sculpter de grandes vagues en 2006 déjà. Ces œuvres d’une esthétique éblouissante sont particulièrement mises en valeur dans cet espace Arlaud à l’architecture sobre et chic. Une distance de recul suffisante permet de magnifier encore le travail de l’artiste, de l’approcher sous des angles différents, de le toucher puis de s’en éloigner pour mieux ressentir son message. «Ici mes bébés peuvent souffler», dit André Raboud avec une étincelle de bonheur dans les yeux.

Raboud le baroudeur créatif

Né en France en 1949 d’un père suisse et d’une mère française, il réside dans l’Hexagone jusqu’à l’âge de 16 ans. A ce moment-là, la famille s’installe en Valais et le jeune André fera un apprentissage de décorateur tout en laissant libre cours à ses penchants pour…la peinture. A ses débuts, il s’inspirera des grands. Il fera même si bien qu’un expert authentifiera un «vrai» Van Gogh que le peintre hollandais aurait réalisé lors d’un séjour en Valais et signé du nom de ses hôtes. Mais la mère du jeune André téléphone alors à toute la presse pour démentir: «Mais non, c’est mon fils qui a peint cela sur une vieille croute, il a 16 ans!» A l’époque l’Illustré avait consacré plusieurs pages à cette affaire au souffle de scandale. L’anecdote ne l’a tout de même pas encouragé à persévérer dans cette voie. L’artiste décorateur en herbe s’y sentait à l’étroit. Il avait déjà besoin d’espace et d’évasion, d’un monde en 3D sans être virtuel.

L’homme qui crie

L’artiste, qui réside aujourd’hui à St-Triphon, commencera à tordre l’acier, tâtera au bois, à la pierre, au granit puis décide. A 20 ans et pour toujours, André Raboud entre en sculpture! Et c’est peu dire. Il serait plus juste de parler de cet homme si particulier qui fait parler la pierre, qui la caresse, la sublime, lui insuffle une vie, la fait frissonner. La pierre et lui ou l’homme et la pierre. Une histoire d’amour. Il en parle comme d’une femme aimée, de ses formes de ses creux, de ses veines, de ses caprices, de ses résistances. Il s’insère en elle. Ses voyages, ses expériences de vie, ses chagrins, ses découvertes se traduisent dans des thèmes transposés sur la serpentine, le granit, le quartz. Il a sculpté l’homme qui crie, ce cri d’un peuple, celui d’Hiroshima. Une pierre peut crier ce malheur. Mais du Japon, où il a séjourné deux ans et demi, il a aussi rapporté des œuvres épurées, des jardins tranquilles, une beauté nue.

La jeune fille et la mort

Le pire drame de sa vie, celui de la mort de sa fille fauchée par une voiture, a vu cette blessure profonde et jamais refermée se traduire par «La jeune fille et la mort», une série poignante. L’artiste séquence ses œuvres en moments de vie, gravés en lui comme dans la pierre. Par exemple, ses tables sacrificielles, qui sont des réminiscences d’un séjour en Amérique Centrale, ses gisants inspirés du transi du cardinal de la Grange, un monument funéraire édifié en 1403 à Avignon. D’autres thèmes ont suivi: la mémoire de la mer (Ferré était dans ses pensées), les grands passages, les amants, autant d’œuvres pures et belles, symboles froids ou sophistiqués ou effigies imprégnées de sensualité. D’ailleurs, il ne se contente pas de toucher, sculpter, tailler, lisser la pierre. Il avale sa poussière, se tord les doigts sur elle, se charge de sa spiritualité, de sa force, de son dégagement. Il s’incline sous l’influence qu’elle exerce sur lui. La pierre c’est lui. Bien sûr, il sait travailler d’autres matières, mais pour lui, l’échange est différent. Il est aussi l’auteur de certains bronzes.

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