Instants volés… Kastel Gomilica – Croatie

09.00 du matin, le soleil inonde déjà la station. Les habitants du village ont terminé leurs courses et se tiennent à l’ombre des persiennes. Les touristes prennent le chemin du marché ou de la plage. A cette période de l’année, l’endroit ressemble à la tour de Babel. Des bribes de conversations mélangeant trois ou quatre langues s’engagent un peu partout. Pourtant, avant même d’avoir prononcé un seul mot, chacun reconnaît ceux de sa race ou de clan. Parfois au hâle de la peau, à la teinte de ses cheveux, à une manière de s’habiller ou de marcher… Instinctivement des groupes se forment, les nationalités se regroupent…

Les bruits de la rue, du marché, des conversations créent une ambiance gaie, conviviale. Un groupe de belles jeunes filles du pays passent en balançant leurs hanches et font face aux sifflets de quelques solides garçons assis sur un muret. Tout le monde pouffe et rigole. Un gars fait semblant de tomber, les filles se retournent. Des gestes, des rires, des mots, chacun emplit ses yeux et son imagination.

Indifférente aux rires, aux bruits, à l’ambiance des vacances, une femme, bas noirs et fichu sur la tête parcourt à pas lent les rues étroites. Son ombre qu’elle ne remarque même pas, se projette tremblante contre les murs voisins. Ses yeux sont embués de lourdes larmes qui s’échappent sur ses joues. Un voisin l’arrête.

–           Pourquoi pleures-tu la vieille ?

–           Parce-qu’il s’en va demain, et je ne veux pas qu’il parte!

–           Arrête la vieille, ce n’est pas triste! Ton petit-fils a de la chance, il a trouvé une bonne place. Un marin c’est bien, c’est un homme fort et malin. Ne pleure pas femme, ton petit va voyager, peut-être même qu’il fera le tour du monde et qu’il reviendra riche, il te racontera ses aventures.

–           Oh je sais! Il va voir l’Amérique et même le Japon. Et après? Il saura trop de choses. On sera trop petits pour lui. Il ne voudra plus revenir. On va nous le changer et c’est pour ça que je ne veux pas qu’il parte. S’il part demain, je le perds pour toujours….

Et la vieille reprend sa marche, ses yeux encore plus embués.

Nina Brissot

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