Instants volés… Kylios, Turquie

Un grand treillis sépare la plage privée du club de luxe de celle du public. A l’extérieur du treillage, un amas de fruits pourris, d’écorces de pastèques et de melon s’entassent. Le contraste de part et d’autre de la fragile barrière de métal est aussi terrifiant que deux civilisations qui s’affrontent.

Nantis et touristes étrangers s’offrent au soleil sous l’uniforme bien brossé de parasols et transats siglés. Douceur de vivre et paresse ont droit de cité sous les rayons d’un soleil qui mord à même la peau étalée. Tous ont les mêmes besoins, les mêmes aspirations. La journée se déroule au gré des desiderata de chacun. Ici, les caprices sont bienvenus et payants.

Le tas d’ordures franchi, le monde tourne dans un autre sens. Hommes et femmes n’ont pas les mêmes droits, ni la même valeur. Quelques familles d’exilés par le travail son rentrées au pays pour leurs vacances annuelles. Les hommes, fiers de leur véhicule viennent le parquer à la limite extrême des flots. Il n’est pas rare qu’ils doivent ensuite appeler les copains pour sortir ensuite leur voiture d’un ensablement tout à fait prévisible.

Leurs épouses, affranchies par des années en Allemagne, ont le droit de porter un maillot de bain. Mais, elles ne sont pas là pour leur plaisir, leur rôle est de s’occuper des enfants et sans arrêt, de faire manger la famille. Une activité qui se passe dans un grand désordre de déballage et de détritus qui tous ensuite, restent sur la plage.

Les autres femmes, filles obéissantes d’un peuple macho, ont parfois droit au bain de mer. Cependant, la sensation du soleil sur la peau leur est interdit. Elles s’aventurent dans l’eau par groupe de trois à quatre, se tenant par la taille. Elles avancent lentement, empêtrées qu’elles sont dans leurs longues jupes noires. Le corsage est fermé jusqu’à la naissance du cou et aux poignets. De grands fichus, genre tchadors emprisonnent leurs cheveux et parfois, on exige d’elles l’utilisation d’un énorme parapluie pour les protéger du soleil et des autres regards.

L’après-midi s’écoule. La chaleur est torride. Presque aux mêmes heures, chacun plie bagage et s’en retourne, qui vers sa chambre climatisée ou vers le véhicule ou le bus. Le manque de curiosité pour les peuples de part et d’autre du grillage laisse songeur quant à l’intérêt de l’homme pour l’homme.

Nina Brissot

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