Hommage à Victor Ruzo

Victor Ruzo a lâché ses pinceaux et c’est une catastrophe. Celle d’un univers qui s’arrête. Celle d’un temps achevé. Il est parti et avec lui s’enfuit un bonheur. Celui de l’espoir chaque seconde renouvelé. Victor Ruzo aurait eu 95 ans en décembre. Son âme avait 20 ans. Malgré sa silhouette d’ancien, Ruzo n’a jamais vieilli.
Il était autre. Un sage toujours fou. Un homme étrange venu d’un ailleurs, intellectuel aux méandres foisonnant d’images, de concepts, de visions. Un pâtre aux allures de montagnard. Il a fait une irruption de 95 ans en dehors de son intime. Il a partagé notre monde avec extravagance, jouant les illusionnistes avec un talent mythique. Il était d’une gentillesse distante, jouant la provocation permanente. Nous aurions voulu le garder pour l’éternité. Il avait des allures d’immortalité. Il aurait dû rester.
Avec la disparition de Victor Ruzo, Montreux perd un grand homme. Un artiste de la trempe d’un Picasso, qu’il a d’ailleurs fréquenté, tout comme Le Corbusier. Ruzo, qui a été courtisé par de grands mécènes, n’a suivi que son chemin personnel. Il l’a fusionnellement partagé avec celle qu’il a épousée en 1934, la très belle Ria Wedeking. Ensemble ils ont traversé gloires et misères, jusqu’à ce terrible incendie de 1997 qui prendra la vie de Mimosa, leur fille paralysée, et détruira plus de 5’000 œuvres. Il recommencera, innovera, travaillera. Il tentera d’autres matières, dont la peinture sur aluminium. Surtout, il consacrera énormément d’années à son extraordinaire «tableau tournant de la philosophie universelle». Dépendant du sens dans lequel il est posé, il est un autre tableau. Quatre faces, quatre histoires, une inouïe imagination, un indescriptible talent. Un film a été réalisé sur cette œuvre phénoménale. Il mériterait les écrans géants de l’Euro, jusqu’à ce que chaque Suisse apprenne qui était Victor Ruzo.
L’artiste a lui-même dessiné le Musée contenant ses archives. Musée ouvert en 1992 à Territet à l’avenue de Naye. Le peintre a été l’invité d’honneur au Palais de Marbre à St Petersbourg pour une rétrospective dans le cadre du 300è anniversaire de la ville en 2003. Il nous manquera.

Nina Brissot

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