Le tourisme transalpin dans le Monferrato

Texte pour une conférence que j’étais invitée à donner dans le Monferrato sur le tourisme helvétique dans le Piémont.

Tous les Suisses aiment l’Italie! Ceci est dû, bien sûr, à la richesse culturelle et à l’art de vivre du pays mais aussi, à une certaine connaissance que nous avons des Italiens qui, pour les Romands et les Tessinois, sont de proches cousins. Si l’on sait que dans toute l’histoire des migrations, il est statistiquement prouvé que l’Italien a toujours été le plus apte à s’assimiler aux autres peuples, on comprend alors pourquoi, sur l’ensemble de la planète, les Italiens sont à la fois eux et chez eux, sans provocation. Une pensée profonde de je ne sais plus qui, dit tout simplement: «Les Italiens? ce sont des Français, mais de bonne humeur!» et dans une chanson célèbre de Nicole Croisille (Québec) qui a fait le tour du monde, une petite phrase frappe par: «toi tu es gai comme un italien quand il sait qu’il aura de l’amour et du vin»…

Donc, les Suisses puisque je parle en leur nom aujourd’hui aiment l’Italie et les Italiens. Et il n’est probablement pas, ou peu, de familles qui n’aient, un jour ou l’autre, visité une ou plusieurs régions de ce pays pour son histoire, ses villes et stations balnéaires, sa diversité géographique, sa gastronomie et surtout son art de vivre. Dans un langage moderne, on dirait, ce côté cool par rapport à une Suisse très réglementée…

Mais, pour des Suisses, aller passer des vacances, ou quelques jours en Italie veut d’abord dire vacances balnéaires. Chaque année, la longue migration des «nordiques» transhume en direction de Rimini et des bords de l’Adriatique. Ils sont largement escortés par des Allemands, Hollandais et Belges.  D’ailleurs vous le savez peut-être, une expression résume le tout par: «On va se prendre une petite choucroute à Rimini?».

Une autre catégorie de touristes aime également choisir la grande botte pour ses escapades. C’est celle des mélomanes ou des amateurs de culture et d’art qui vont de festivals en expositions à Florence, Venise, Taormina. Les amateurs aussi – c’est à la mode depuis une dizaine d’année – des citées à portée d’avion. On «se fait» alors une ville en deux jours grâce à un arrangement intercity organisé avec des nouvelles compagnies d’aviation qui mettent en faillite leurs arrogantes grandes sœurs.  N’oublions pas non plus les amoureux de la Toscane qui, à prix d’or, trouvent à louer une maison avec piscine au milieu des pins. Un rêve pour tous les citadins!

Et le Monferrato dans tout ça ?

Eh bien, le Monferrato aussi! Oui, le Monferrato tout le monde le connaît. Comme Venise ou Milan. Comme une petite Toscane en plus proche. A un détail près pourtant… C’est que, pour le situer, il faut d’abord utiliser un mot magique… C’est facile car il y en plusieurs. Les plus courants sont: Piémont! Barbera! Asti Spumante… Alba! Il y a aussi:  antipasti, agnolotti…   et surtout oui, surtout truffes ou tartufo ou tartufi, car dès qu’il s’agit de délicatesses, les langues et leur pluriel n’ont plus de secrets.

De fait, sous le générique Piémont, votre région fait partie des destinations week-end ou fêtes de beaucoup de mes compatriotes. Certains y ont acheté des propriétés, des anciens châteaux, des maisons de campagne. D’autres viennent en location, soit chez des Italiens, soit chez des Suisses ayant restauré une maison.

La grande majorité y vient à l’hôtel pour un court séjour, généralement lié à de la gastronomie, à une fête folklorique comme le Palio ou pour déguster et acheter du vin. Car chez nous, en Romandie, à trois heures de voiture du Monferrato,  la vigne et le vin occupent une part importante des préoccupations des hommes. Florissante pendant des années, la viticulture suisse fait actuellement face à une récession survenue à la suite de l’ouverture de nos frontières aux vins étrangers.

Ouverture un peu forcée après d’âpres discussions bi-latérale à Bruxelles, la Suisse ayant refusé d’entrer dans l’Europe. Les contingentements n’existant pratiquement plus, les vins étrangers ont fait, à des prix très concurrentiels, une entrée fracassante sur les marchés suisses. Il en résulte une difficulté pour les locaux à écouler au même prix que précédemment les vins du terroir et une formidable opportunité pour les étrangers de placer leurs produits sur un marché test déjà fort bien entraîné à la consommation et habitué à des prix plus élevés que la moyenne européenne, notamment pour les vins blancs.

Par ailleurs, avec les restaurants italiens nombreux en Suisse, les vins italiens ont depuis longtemps pris possession des palais gourmands des helvètes qui aiment venir déguster sur place, comparer et acheter. Pour les viticulteurs l’intérêt est doublé du fait de la similitude de certains parchets, plantés de très vieilles vignes, situées en terres escarpées et sujettes au brouillard. Ils aiment à comparer l’évolution, après vinification, de leurs enfants respectifs, tous ceps confondus… Quant aux simples consommateurs, que peuvent-ils espérer de mieux au milieu de ce pays de Cocagne?

Tourisme vert

Toujours plus, toujours plus vite, toujours moins cher, avec plus de rendement et moins d’hommes. Voilà les maîtres mots régissant le monde du travail d’une Europe qui s’américanise, à la vitesse grand V. A devoir fournir toujours plus de lui-même, l’homme qui travaille aspire à des moments de vraie détente, de retour à la nature, de plaisirs simples, d’un peu de temps. C’est pour cela sans doute que l’on remarque, depuis 4-5 ans une recrudescence d’intérêt pour le tourisme vert. Le couple qui travaille à parfois envie, le vendredi soir, de boucler un sac avec juste un gros pull et un pantalon et d’aller se mettre au vert dans un environnement non sophistiqué. Il espère pouvoir marcher ou dormir ou faire du sport à un rythme qui lui convient puis poser ses pieds sous une table sur laquelle il trouvera une cuisine du terroir, une ambiance de ferme ou un jardin tranquille en compagnie des canards et des poules. La demande est grande en Suisse pour ce genre d’endroits et les milieux touristiques encouragent les paysans à ouvrir leurs fermes. Des brunchs à la ferme sont désormais organisés et très courus, mais ils restent confidentiels. 

Le Monferrato a cet avantage de posséder un monde rural fort accueillant, avec des infrastructures d’accueil abordables pour des familles, des tables agréables qui permettent de goûter aux produits locaux frais du jours sans se creuser la tête sur une carte. L’agrotourisme Le Coccole à Fontanile dans la province d’Asti en est un exemple.  Cette forme de tourisme, une fois l’information diffusée est je le pense appelée à rencontrer un succès grandissant.

Pourquoi venons-nous dans le Monferrato

La réponse la plus simple est certainement de dire que c’est par amour et par purs plaisirs, en utilisant le pluriel pour plaisirs. L’amour est celui que l’on porte spontanément à un endroit où l’accueil est toujours gai. Où, dans les hôtels et les restaurants, on vous reçoit, comme si vous étiez des amis de toujours. Où, dans la rue,  les gens prennent encore la peine de s’arrêter pour vous aider à trouver votre route ou vous recommander un endroit. Cet accueil-là nous l’avons constaté sans faille, d’une année à l’autre. Amour aussi pour ces «cousins» que nous, petits suisses bien réglementés, disciplinés et malléables, regardons comme les enfants terribles de la famille, toujours prêt à rire ou à taquiner le destin en lui faisant des pieds de nez.

Quant aux plaisirs… ils sont multiples! Comment ne pas craquer lorsque l’on vous dit: allez, on y va, c’est beau, on y mange bien, on y boit un excellent vin, on a un choix incroyable de visites, de marchés, de foires, de découvertes, de châteaux, de monuments historiques et de caves… En plus, tout est moins cher que chez nous! Franchement, il faudrait être masochiste pour s’en passer.

Et c’est sans dire la beauté des paysages, ces collines à l’infini qui semblent jouer entre elles, ces vignobles à perte de vue, ces noisetiers en bosquets formant parfois des haies entières. Au printemps la terre qui fume, en été, l’ombre des arcades et l’automne, lorsque soudain la brume se lève et que sous un rayon pâle, la nature s’offre en mille diaprures … ça vous laisse un souvenir inoubliable. Je ne vous dirai rien sur le Monferrato l’hiver pour une seule raison, je n’y suis jamais venue plus tard qu’à la saison des truffes….

Développements

Si l’on tient compte des infrastructures existantes, notamment hôtelières, dans le Monferrato, il semble évident que cette région n’est pas faite pour y recevoir un tourisme de masse. J’ai cru un temps qu’il y aurait une cible possible auprès des 28-35 ans, jeunes parents et leurs enfants. Or enquête faite dans mon entourage, j’ai dû constater que le ciblage de ces personnes est difficile et concerne essentiellement les amateurs de tourisme vert. Les autres recherchent plutôt des clubs ou des infrastructures avec parc d’attractions et animations organisés.

Publics cibles

Comme nous venons de le dire, beaucoup de facteurs sont réunis pour développer un tourisme transalpin plutôt limité en nombre mais excellent consommateur et, dirons-nous moyen à haut de gamme.

Sachant que les possibilités d’hébergement restent modestes, il y aurait, d’une part un démarchage auprès des petites et moyennes entreprises (PME) avec des propositions de forfaits pour des séminaires, incentives, ou sorties d’entreprises, jumelées à des visites culturelles et de caves. Démarcharge qui pourrait se faire par une proposition clef en main avec: Hôtel – salles de séminaires équipées – visites culturelles et caves (Augusto, Orsolina, autres) et/ou même un spectacle si par exemple cela coïncide avec un événement culturel local (jazz – Palio – Corsa delle Botti, truffes et autres) avec, évidemment, bien sûr un repas gastronomique dans un lieu réputé style Da Beppe, Natalina ou autre. Il s’agirait de propositions pour des séminaires réduits (15 à 20 personnes) en proposant aux participants une possibilité de prolonger à un prix réduit s’ils veulent profiter du week-end en faisant venir leur famille ou ami (es).

Pour donner une idée j’ai sorti la liste des entreprises affiliées à la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, mais ce n’est qu’une petite sélection, d’autres sources nombreuses existent. L’autre moyen serait, d’entente avec les entreprises locales italiennes de faire une promotion pour qu’elles invitent, clients ou homologues étrangers à venir organiser leurs séminaires dans la région, avec le plus d’une visite de leur propre entreprise, une réception leur permettant de se présenter, etc…

D’autre part, un public aujourd’hui gourmand de voyages est celui des jeunes retraités. Santé et tonus aidant, ils sont très nombreux à être actifs et toujours à la recherche de destinations de courte durée. Des promotions ciblées peut-être en collaboration avec des voyagistes caristes pourraient certainement apporter un premier intérêt. Ensuite, une fois le pli pris… chacun reviendra, naturellement, passer quelques jours ou week-ends dans le Monferrato.

Nina Brissot

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