Instants volés… Fortaleza

Pieds nus, leurs vêtements déchirés, une couche de crasse sur tout le corps, les enfants de la rue le plus souvent se dissimulent. Cependant, pour simplement manger, il prennent parfois beaucoup de risques. Le système D est pour eux synonyme de survie. Ils sont quelques milliers dans ce cas. Le Brésil ne s’en émeut plus. Parfois même, ses brigades répressives travaillent à épurer les villes de ces rats affamés…

Là, devant l’échoppe du marchand de gâteaux, l’enfant noir aux grands yeux éblouis tourne depuis le matin. Assis en retrait sous un gommier, son petit frère ou un copain peut-être, le regarde. Une grande vitre protège des enfants qui ont faim, les friandises convoitées. Toute la journée, des passants font halte devant la boutique, hésitent, choisissent puis repartent, leurs achats à la main et la bouche pleine. Trop occupés par leurs pensées, par la course au travail, par leur propre faim, ils s’en vont. Trop indifférents ils ne prêtent aucune attention à ces petite mendiants, voyous par la force des choses.

Pourtant, l’enfant parfois se colle presque aux clients tant il a espoir que tombe une miette. Il n’ose rien demander parce-qu’il se fera immédiatement rabrouer puis taper et chasser par le marchand. Cette réaction de protection est normale de la part du commerçant qui sait que s’il donne au premier, tous les autres suivront. Lui aussi doit survivre. Il ne peut pas, seul, nourrir la meute. Quelque part, l’enfant en est conscient et il ne provoque rien.

Son sac de biscuit dans les mains, un homme quitte le cabanon d’un pas tranquille et s’installe à même le trottoir pour les manger. Doucement, comme un jeune chaton, l’enfant s’approche, s’assied près de lui, se penche en avant et prend le risque de tendre une petite main déjà flétrie. Sans un mot, l’homme y dépose un biscuit. Comme mu par un ressort, le gosse l’enferme dans son poing et s’en va, comme un voleur, le manger plus loin. Les yeux dilatés par la scène qu’il vient de suivre, l’autre enfant a le cœur qui bat la chamade. Il n’ose pas pourtant s’approcher. Trop petit il doit avoir peur de ne pas courir assez vite si les coups se mettaient à pleuvoir. L’expérience lui a déjà appris que sur un « client », il faut être le premier.

Intriguée je demande à l’homme: Pourquoi ne donnes-tu pas aussi un biscuit à l’autre petit? Pivotant sur lui-même, il jette un coup d’œil sur l’enfant maigre et sale. Puis, se levant pour partir il répond: Celui-là ne m’a rien demandé. Avec la faim, il apprendra les gestes des pauvres…

Nina Brissot

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